Aux débuts de la photographie, portrait ou paysage

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   Portrait et paysage




Nadar nous rapporte que Balzac redoutait le déguerréotype au nom de la Science ; si nous plaçons devant la chambre noire notre corps - qui est composé, comme chacun sait, d'une superposition de "spectres" - l'un de nos spectres s'y précipite et se fixe sur la plaque sensible, si bien qu'à chaque photographie, nous somme dépouillés d'un de nos éléments essentiels ! Devant ce danger saisissant (et pour le moins hypothétique), les bons bourgeois du royaume et du Second Empire défilèrent devant le piège à spectres avec le plus grand calme et avec résignation. La pose était longue. Les premières photographies nous transmettent les traits de singuliers dormeurs aux nobles attitudes ; les yeux n'ont pu supporter l'éclat du soleil éblouissant et les paupières sont closes.


Daguerréotype

    Bientôt l'homme s'éveille, son visage s'anime, son attitude s'assouplit. Nadar semble l'avoir touché d'une baguette, et voilà cette galerie de portraits à la fois majestueux et intimes de tous les grands du Second Empire, les gloires de la France et le Tout-Paris. A la première Exposition de Photographies, qui eut lieu en 1855 au Palais de l'Industrie, Nadar remarquait « un merveilleux portrait de Frédéric Lemaître, par Carjat, ample comme un Van Dyck, fouillé comme un Holbein », dont les photographies sont présentes au Musée d'Orsay http://www.musee-orsay.fr/. Quelques années plus tard Lazerge et Dallemagne faisaient copier de grands cadres anciens derrière lesquels posaient les modèles ; et ils agençaient leurs portraits à grands renforts de draperies et d'accessoires pour en faire des Mignard et des Van Loo. « II faut pourtant reconnaître, conclut Nadar, le sentiment artistique réel et la belle allure de ces arrangements. »



    DisderiMais il y eut des profiteurs. Disderi, le plus habile d'entre eux, inventa une nouvelle formule qui devait bouleverser les usages. Il eut l'idée de diviser sa plaque en quatre et de tirer des portraits non plus en buste, mais en pied. Ces deux innovations d'apparence anodine étaient grosses de conséquences : au lieu d'avoir une seule grande épreuve chez Nadar pour 100 francs, on avait, chez Disderi, une douzaine de « portraits-cartes-de-visites » pour 25 francs ; sans compter qu'en réduisant le format on réduisait le temps de pose. Disderi reçut dans ses salons de grand luxe la masse énorme des citoyens curieux de posséder leur propre image. Le portrait se démocratise. Toutes les classes de la société défilent en costume du dimanche. Les voilà toutes mêlées à la devanture du photographe, de façon « grotesque et triste... Mgr Dupanloup à côté de Liotard, Rigolboche à côté de la reine Amélie », écrit-on déjà en 1860. Michelet aussi se désole : « Les hommes célèbres n'ont pas la signification de leur physionomie. Il n'y a plus de beaux portraits, les gens remarquables ne se distinguent plus... » Le mélange est significatif et ne se limite pas aux devantures des magasins.


    On constitue en famille des albums d'images sélectionnées ; on y range dans les petites cases toutes pareilles, les portraits des êtres chers, mais aussi le portrait du pape, d'un glorieux général, d'un chanteur à la mode. Ce ne sont que des portraits mais ce sont les portraits d'une famille, d'une classe sociale, d'un parti ; l'album relie la famille à l'histoire de France.



    Médaillon photoLes progrès vont vite ; on met le portrait à la portée des amateurs qui mitraillent parents et amis. Vers 1900, l'album est volontiers remplacé par une grande boîte où se mêlent les portraits « à la Rembrandt » du professionnel et les scènes familières et anecdotiques. Depuis quelques années, l'album reparaît sous une nouvelle forme ; chaque enfant a le sien, qui le suit depuis le jour et l'heure de sa naissance. Ces collections d'images intimes nuiront peut-être au prestige de nos futurs grands hommes, en tout cas, la rigide notion d'ancêtres s'en trouve déjà assouplie ; la conception que l'individu se fait de lui-même change peu à peu, à mesure que le nombre des portraits augmente ; jamais l'homme ne trouvait dans les siècles passés autant d'occasions de rencontrer sa propre image.


    Le portrait photographique est associé à notre activité et à nos préoccupations quotidiennes ; il marque les divers âges de la vie : le baptême, l'école, la première communion, l'uniforme, les récompenses, le mariage, les promotions, l'Institut.


    Il y a des portraits dans tous les portefeuilles et dans les sacs à main, dans les médaillons, dans les tiroirs des bureaux et sur le mur des couloirs, dans le salon et la chambre à coucher ; ils sont parfois le centre de petits sanctuaires familiaux, chargés de souvenirs douloureux, nouvel aspect du culte des morts.



   Identité L'Administration tutélaire nous impose le portrait d'identité, scapulaire d'un nouveau genre, laïque et obligatoire, qui protège contre les abus de la police, les nuits au poste, les erreurs judiciaires, qui permet de rentrer en possession des objets égarés, et qui possède des vertus si merveilleuses qu'il se substitue véritablement à notre propre personnalité ; il est plus authentique que nous-mêmes.


    Les gens pressés font faire leur portrait d'identité par un distributeur automatique de photographies (Photomaton), les autres vont poser dans des studios photos.


    Mais il existe une catégorie de clients très raffinés qui préfèrent des portraits moins conventionnels ou moins administratifs, et qui s'adressent à une élite de photographes, techniciens habiles et hommes de goût, cultivés, capables de saisir avec talent les signes les plus originaux d'une personnalité.
 


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    Nous demandons aussi à la photographie de fixer l'image et de conserver le souvenir fidèle des lieux que nous aimons ; témoignages bientôt plus vivants que la réalité : « Possédant plusieurs photographies de ce parc, écrit M. Sacha Guitry, les ayant souvent regardées, les ayant égarées, les ayant retrouvées, je ne sais plus très bien, lorsque je les examine, si je me souviens d'avoir vu ce parc ou ces photographies. »


   Medracen Combien de descriptions exotiques ont été écrites dans un fauteuil, d'après des photographies (Le 20 juin 1858 Flaubert préparant Salammbô demandait à Feydeau d’aller lui acheter, rue de Richelieu, une vue de Medracen, en Algérie.). Mais le jeu était dangereux et bientôt, d'alliée, la photographie devint rivale. « Elle engage à cesser de vouloir décrire ce qui peut de soi-même s'inscrire » disait naguère Paul Valéry qui notait cet événement de l'histoire littéraire : « Au moment où la photographie apparut, le genre descriptif commençait d'envahir les lettres. Enfin Daguerre vint... » Le poète ne dissimule pas sa joie.


    Et voilà que commence une vaste enquête à travers le monde : tout ce qui avait été patiemment décrit, dessiné, gravé et lithographie avant 1850 paraît tout à coup démodé, imprécis, frauduleux ; les Excursions daguerriennes elles-mêmes sont bientôt remplacées par des enquêtes photographiques et des voyages d'études en France et à l'étranger.



    Dans les premiers temps de la photographie, les plus belles vues d'extérieurs représentaient des forêts en hiver, des montagnes, des paysages orientaux, des monuments, parce que c'était la mode et aussi parce que la neige, les troncs, les ciels uniformes, les rochers et la pierre « venaient » bien sur la plaque, alors que les nuages étaient presque impossibles à « prendre » et que les feuillages verts donnaient sur l'épreuve de gros paquets noirs. De nos jours on compte d'admirables réussites.


    Pendant cinquante ans, le paysage est devenu la première spécialité d'un genre si heureusement adapté aux besoins d'une époque et d'un pays que le succès fut immédiat et prodigieux : née à Marseille, vers 1880, la carte postale illustrée photographique fut lancée par les visiteurs des expositions de 1889 et 1900 qui en inondèrent le monde ; de 1910 à 1914, on en consomma des quantités énormes. 
 


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